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Entretien avec La Croix : « Je souhaite que la vraie place des familles dans la société soit reconnue »

8 juillet 2020

J’ai présenté aujourd’hui à la Commission des affaires sociales le rapport de la mission d’information qui propose de moderniser notre politique familiale. Je reviens sur ses préconisations pour le journal La Croix.

La Croix : Alors que le nouveau gouvernement entre en fonction, quelles sont les priorités d’action que vous suggérez pour la famille ?

Nathalie Elimas : Je souhaite que la vraie place des familles dans la société soit reconnue et que leur pouvoir d’achat augmente. En effet, la crise sanitaire a rappelé à chacun à quel point la famille est une valeur refuge, le berceau des solidarités. Preuve en est, chacun est allé se confiner dans sa famille. Celle-ci a su s’adapter et a tenu le coup. Il faut désormais qu’elle soit donc étroitement associée à la relance du pays.

Or, depuis des années à l’inverse, l’argent de la branche famille renfloue les caisses de l’État et ne profite plus aux familles. Il faut arrêter cela. Il faut créer une politique familiale pleinement universelle. Pour cela, je propose de revenir sur la modulation des allocations familiales et la double baisse du quotient familial. Ces mesures prises lors du quinquennat précédent ont été injustes. Elles n’ont pas pénalisé que les familles aisées, loin de là.

Les familles des classes moyennes avec deux enfants ont aussi été touchées. Leur impôt a augmenté de 790 € par an et elles ont perdu 800 € d’allocations familiales. Cela ne peut pas continuer car l’impact sur la natalité se fait déjà sentir. Depuis 2014, le nombre de naissances recule. Si pour l’instant la démographie française reste forte en Europe, on ne peut que s’inquiéter de cette tendance car la natalité finance notre système social.

Je souhaite aussi ouvrir le versement des allocations familiales dès le premier enfant. C’est une nécessité impérieuse aujourd’hui, puisque l’immense majorité des familles compte un ou deux enfants. Le versement au deuxième enfant actuel est une survivance d’une époque révolue où l’on favorisait systématiquement les familles nombreuses. Il faut désormais regarder la famille telle qu’elle existe aujourd’hui et en tirer les conséquences. Il faut soutenir l’arrivée du premier enfant.

Tout cela coûtera néanmoins beaucoup d’argent. Comment financez-vous ces mesures ?

N. E. : C’est vrai que ces mesures ont un coût : 3,9 milliards d’euros. Néanmoins, cette politique familiale renforcée permettra de donner durablement du pouvoir d’achat aux familles. Cela rejaillira sur l’économie et la croissance. Il faut, d’autre part, comparer cette somme avec le budget global de la politique familiale qui s’élève à 50 milliards d’euros, et la mettre en regard d’autres dépenses.

Par exemple, les mesures d’urgence prises pendant la crise sanitaire afin de soutenir les familles les plus fragiles – mesures dont je ne conteste pas le bien-fondé – ont coûté entre 1,2 et 1,3 milliard d’euros à l’État, sans qu’elles attaquent le problème de la pauvreté à la racine ni qu’elles apportent des solutions de long terme. Nous, nous proposons un vrai plan de relance du pouvoir d’achat des familles.

Votre rapport souligne aussi que la politique familiale est devenue illisible. Comment rendre le système plus clair ?

N. E. : Aujourd’hui, il existe une dizaine d’aides différentes, auxquelles s’ajoutent des prestations sociales dont le montant est assujetti à la composition du foyer. Plus personne n’y comprend rien. Il faudrait donc aller vers une allocation unique, d’un montant qui reste à définir. Le raisonnement serait de se dire que tout enfant qui naît a droit à x euros jusqu’à ses 14 ans, puis à x euros jusqu’à ses 20 ans.

Ensuite, cette réflexion devrait s’articuler avec celle sur le revenu universel d’activité et de son ouverture aux jeunes de 20 à 24 ans qui n’ont pas accès aux minima sociaux et qui vont sans doute pâtir de la crise économique. Ce pourrait être là les contours d’une politique familiale du XXIe siècle. C’est d’ailleurs ce que viennent de décider nos voisins allemands dans leur propre plan de relance.