Dans les médias

Interview pour Ouest-France : encourager la natalité pour préserver notre modèle social

30 juin 2020

Le journal Ouest-France m’a interrogée sur les principaux enseignements de mon rapport sur l’adaptation de la politique familiale française aux défis du XXIe siècle, présenté aujourd’hui.

Ouest-France : La politique familiale aujourd’hui est-elle adaptée aux réalités de notre époque ?

Non. Elle est née après-guerre. Le but était de reconstruire le pays et d’inviter les familles à avoir trois enfants et plus. Aujourd’hui, les schémas familiaux ne sont plus du tout les mêmes : la famille est pacsée, mariée, homosexuelle, hétérosexuelle, homoparentale, recomposée, etc. 31 % des familles sont monoparentales. 81 % ne comptent qu’un ou deux enfants.

Vous défendez une politique nataliste. Pourquoi un pays doit-il encourager à faire des enfants ?

La natalité est la condition du financement de tout notre modèle social : ces enfants, qui seront demain des travailleurs, contribueront à financer notre système de retraite, la dépendance. Aujourd’hui, une femme a en moyenne 1,87 enfant.

L’autre enjeu d’une politique familiale est de donner du pouvoir d’achat aux Français ?

Une politique familiale forte peut être un outil puissant de relance économique. Les Italiens l’ont compris : ils viennent d’investir 22 milliards dans la famille.

Et chez nous ?

Il y a eu des coups de rabots successifs dans le plafond de l’avantage procuré par le quotient familial. En 2013, le plafond par demi-part est passé de 2 300 € à 2 000 puis en 2014, à 1 500 €. Aujourd’hui, il est de 1 567 €. Conséquence : pour 12 % des foyers, surtout des classes moyennes, les impôts ont augmenté de 791 € par an. Le quotient familial n’est pas un avantage fiscal mais une compensation de charges d’enfants. Il faut relever son plafond.

Vous plaidez aussi pour un retour à l’universalité des allocations familiales. Un foyer aisé a-t-il vraiment les mêmes besoins qu’un foyer modeste ?

Comme le quotient familial, les allocations familiales ne sont pas un « filet de sécurité » pour les ménages modestes, mais une compensation en raison de la charge que représente le fait d’avoir des enfants. Depuis 2015, ces allocations sont conditionnées aux ressources. Conséquence : une famille de classe intermédiaire avec deux enfants a perdu 800 € par an, avec trois enfants 1 800 € par an. Nous plaidons aussi pour le versement des allocations dès le 1er enfant, et non le 2e. Le complément familial (assujetti aux ressources) n’est versé qu’à partir du 3e enfant. On est resté sur des incitations historiques d’après-guerre. Ce n’est plus du tout raccord avec les compositions familiales aujourd’hui.

Idem pour les parts fiscales : aujourd’hui, le 1er enfant rapporte une demi-part. Le 2e enfant, une demi-part. Le 3e enfant : une part ! Ce devrait être dès le 2e enfant.

Il faut aussi simplifier ces aides…

Aides familiales, aides sociales… La liste est infinie et quand vous mettez le doigt dedans, vous n’y comprenez plus rien. Il est urgent de rationaliser et pourquoi pas aller sur des allocations uniques. En plus, on fera des économies ! Idem pour les aides au logement.

Une politique nataliste pèse beaucoup sur les femmes…

La conciliation vie privée vie professionnelle reste un enjeu majeur pour les femmes, sur lesquelles repose l’essentiel des tâches domestiques et familiales. Et la crise sanitaire que nous venons de traverser a renforcé ces inégalités. Parmi les mesures que nous préconisons : un allongement du congé paternité. Et un congé parental moins long mais mieux rémunéré. Sinon, ce sont toujours les femmes qui le prennent, parce qu’elles sont toujours les moins payées.