Dans les médias

Interview à L’Express : « Un nouveau droit social essentiel, mais une durée insuffisante »

23 October 2019

Alors que nous nous apprêtons à examiner l’article 45 du projet de loi de la sécurité sociale, qui vise à indemniser le congé de proche aidant, j’ai donné une interview à L’Express pourquoi les modalités de ce nouveau droit – si important pour les aidants ! – risquent de ne pas être adaptées à toutes les situations.

L’Express – Le plan présenté ce matin prévoit pour les proches aidants une allocation quotidienne de 42 à 53 euros, sur une durée maximale de trois mois. Est-ce vraiment assez pour s’occuper d’un proche en perte d’autonomie ? 

Le point positif du plan décliné ce matin est que l’on est en train de bâtir une nouvelle politique publique et de créer un nouveau droit social. Pour autant, j’ai été déçue par ce que prévoit pour l’instant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). Certes, le montant de l’allocation prévue pour les proches aidants, de 42 à 53 euros par jour, correspond à ce qui se pratique communément. En revanche, la durée maximale du congé, trois mois, est déconnectée du réel. C’est largement insuffisant pour accompagner au quotidien une personne en perte d’autonomie.

Pourquoi ?

En discutant avec de nombreux proches aidants, on réalise à quel point les situations peuvent être différentes. Tous n’ont pas les mêmes besoins car ils ne sont pas aidants de la même manière. Ceux qui le sont de manière ponctuelle peuvent se satisfaire des trois mois fractionnables jusqu’à la demi-journée. Par exemple, c’est suffisant pour accompagner un proche passer un examen médical ponctuellement. Mais si vous êtes le parent d’un enfant lourdement handicapé, comme cette maman qui nous a parlé ce matin de son fils de 41 ans, autiste, qu’elle a dû sortir d’une maison médicalisée car il y était maltraité, c’est largement insuffisant. On a besoin de poser le dispositif, de l’évaluer et de le quantifier.

Ce n’est pas le cas actuellement ?

Les aidants seraient entre 8 et 11 millions. Mais sont-ils plus proches de 8 ou de 11 millions ? Combien vont solliciter ce nouveau congé de proche aidant, sachant qu’ils sont très peu à solliciter le congé non indemnisé qui existe aujourd’hui ? Il y a un réel manque d’information. Le plan présenté ce matin va décliner ces aspects : information du public, meilleur accès, simplification des démarches.

Quelle durée vous paraîtrait plus appropriée pour ce congé ?

Je proposais dans un amendement que l’on s’aligne sur l’allocation journalière de présence parentale (AJPP), que la loi contre les cancers pédiatriques que j’ai portée a fait passer de 310 à 620 jours au printemps dernier. Cela me paraît plus conforme aux besoins des proches aidants. Malheureusement, mon amendement a été jugé irrecevable.

L’écart est énorme entre les 3 mois d’indemnisation que prévoit le plan et les 620 jours dont vous parlez. 

Effectivement. J’ai entendu les arguments du Premier ministre et de la ministre de la Santé ce matin : on construit un nouveau droit et une nouvelle politique publique, c’est une première pierre que l’on pose. J’attends une évaluation, qui nous permettra de réajuster le dispositif au plus près des besoins réels.

Quid des mineurs qui assistent un parent malade ou handicapé au quotidien ? Par définition, le congé proche aidant ne va pas changer leur situation. 

Il est vrai que la thématique des proches aidants adultes s’impose enfin dans le débat public, alors que les jeunes aidants peinent à sortir de l’ombre. J’ai bataillé, pendant plusieurs mois, avec les associations, pour que leur situation spécifique soit davantage reconnue par les pouvoirs publics. Je suis vraiment très heureuse qu’ils figurent dans le plan « Agir pour les aidants », présenté ce matin. Une expérimentation va être menée en Ile-de-France et en Occitanie avec l’association Jade. Tous les personnels éducatifs seront sensibilisés afin que ces jeunes puissent être repérés, aidés et orientés. Là encore, il s’agit d’une première étape, mais elle est essentielle.