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Tribune : « Pour réussir l’acte II du quinquennat, n’oublions pas les familles » (Le JDD)

16 June 2019

La déclaration de politique générale du Premier ministre a signé l’ouverture de l’acte II du quinquennat. Elle répond, à bien des égards, aux priorités exprimées par les Français : l’urgence écologique, la diminution de l’impôt des ménages, la réforme des retraites, ou encore le rapprochement des services publics dans les territoires.

Demeure pourtant une grande oubliée : la famille.

Elle n’est pas absente, bien sûr, puisque par nature elle est partout. Dans les annonces à l’égard des familles monoparentales, dans les mesures de la loi Blanquer, dans la réaffirmation d’un projet de loi sur la dépendance, ou encore dans la loi bioéthique à travers l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes.

Mais où est la vision, quelle est l’ambition ?

Où trouver les vraies réponses si l’on ne pose pas les grandes questions ?

Je crois à la famille comme socle de notre société. Dans un monde aussi mouvant, nous avons besoin de repères stables. La famille en est un. Mais stable ne signifie pas immuable ! La famille évolue, les modèles familiaux se diversifient et, donc, des défis nouveaux se posent.

Un défi démographique, d’abord. En 2018, pour la quatrième année consécutive, la France a connu une baisse de sa natalité, qui n’avait jamais atteint un tel niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les causes, comme les conséquences sur notre croissance et sur le financement de notre Sécurité sociale, doivent être interrogées, avec lucidité. Lors des deux précédents quinquennats, les politiques publiques en faveur des familles n’ont cessé de se dégrader, du fait de la diminution des allocations et du quotient familial alors que les tarifs pour l’accès aux services locaux comme les cantines ou l’accueil périscolaire augmentaient.

Les débats budgétaires reprendront à la rentrée, il sera alors grand temps d’assumer de nouveau une véritable politique nataliste. Je pense, par exemple, au retour de l’universalité des allocations familiales et à l’instauration d’une allocation significative dès le premier enfant.

Un défi social, ensuite. A l’issue du grand débat national, le président de la République a, à raison, pointé le poids des inégalités de destin dans notre pays. Or, celles-ci ont souvent à voir avec le contexte familial. Jean-Michel Blanquer s’attelle d’ailleurs à les amenuiser en instaurant une école où chacun, d’où qu’il vienne, aurait les mêmes chances de réussir.

Il faut aller encore plus loin.

Nous devons porter une attention particulière aux « enfants aidants », qui s’occupent d’un parent malade, d’un frère ou d’une sœur en situation de handicap. Ils seraient 500 000 dans notre pays, à risquer de mettre à mal leur scolarité et parfois leur santé. Face à leur solitude, les politiques publiques doivent jouer pleinement leur rôle pour ne laisser personne au bord du chemin.

Un défi sociétal, enfin. L’ouverture de la PMA à toutes les femmes posera des questions extrêmement lourdes sur la définition des rôles familiaux, d’un point de vue juridique tout autant que culturel. Nous devons sereinement nous emparer de ce débat. En outre, nous aurions tort de croire qu’aujourd’hui l’égalité entre les femmes et les hommes dans le cadre familial est acquise : allongement du congé de paternité et modes d’accueil de la petite enfance sont autant de leviers à actionner en faveur de l’emploi des femmes et pour une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle.

Tous ces sujets doivent être mis sur la table de manière globale et répondre à cette question fondamentale : quelle politique familiale voulons-nous pour notre pays ? Monsieur le Premier ministre, ne faisons pas l’économie d’un vrai débat sur ce sujet car c’est l’avenir de la France dont il s’agit.

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