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Tribune dans le Huffington Post : « 500 000 enfants sont des aidants familiaux et ils ont besoin de nous »

12 May 2019

Le 25 avril, lors de son discours à l’issue du grand débat national, Emmanuel Macron a souligné la nécessité de mieux reconnaître les aidants familiaux. Des avancées importantes sont ainsi attendues.

Avec Jocelyne Guidez, sénatrice, Françoise Ellien, présidente de l’association Jeunes AiDants Ensemble (JADE), et Claudie Kulak, présidente du Collectif Je T’aide, nous alertons toutefois, dans le Huffington Post, sur la nécessité de ne pas traiter ce sujet uniquement par le prisme du salariat et de la dépendance.

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Oui, 500 000 enfants sont des aidants familiaux et ils ont besoin de nous

Lors de sa conférence de presse à l’issue du grand débat national, Emmanuel Macron a souligné la nécessité de mieux reconnaître les aidants familiaux. Pour beaucoup, ce fut un soulagement d’entendre le président de la République intégrer ce sujet aux priorités qui permettront enfin de construire, demain, un modèle de société fondé sur la justice.

Depuis cette allocution, la ministre des Solidarités et de la Santé a décliné ce que pourraient être ces avancées; l’instauration, notamment, d’un congé rémunéré et de nouveaux droits à la retraite. Ces mesures, si elles étaient votées, viendraient s’ajouter à de nombreux travaux menés depuis le début du quinquennat, notamment la proposition de loi visant à favoriser la reconnaissance des jeunes aidants, votée jeudi dernier.

De tels dispositifs, par leur portée, constitueraient une étape essentielle et d’une ampleur inédite dans la reconnaissance et l’accompagnement des aidants. Ils ne sauraient toutefois répondre à la diversité des réalités vécues par ceux-ci.

Lors de son discours, en effet, le président de la République a dit vouloir “reconstruire des droits” à ceux qui ont “mis entre parenthèses ou sacrifié leur vie professionnelle”. Ce faisant, le chef de l’Etat s’est concentré sur la question des travailleurs et a occulté toute une catégorie d’aidants, qui a pourtant plus que quiconque besoin de la reconnaissance et du soutien des pouvoirs publics: les jeunes aidants.

Parmi les 11 millions d’aidants familiaux, l’on compterait environ 500 000 enfants qui accompagnent et viennent en aide, au quotidien, à un frère, une sœur ou un parent malade, en situation de handicap ou devenu dépendant. Peu reconnus, ils souffrent d’un manque de suivi au plan médical, faute de repérage par les professionnels de santé ou d’éducation. Ils courent ainsi le risque de développer d’importantes carences, préjudiciables à leur santé et au bon développement de leur croissance. Ils sont également plus sujets au décrochage scolaire, à la déscolarisation et à la désinsertion sociale. L’on constate enfin que ces enfants développent souvent un fort sentiment d’isolement.

Ces difficultés font écho à ce que le président de la République a qualifié, lors de cette même allocution, d’inégalités de destin. Ne rien faire, ce serait prendre le risque de sacrifier l’avenir de centaines de milliers d’enfants et d’adolescents.

C’est pourquoi, à l’heure où l’on entend redéfinir une véritable ambition pour la politique familiale et prendre à bras le corps la problématique des aidants familiaux, nous nous devons d’apporter des réponses aux souffrances vécues par les jeunes aidants. Nous nous devons de créer les conditions pour faire travailler ensemble les professionnels de santé, l’Education nationale, les associations et les familles, de façon à mieux former et sensibiliser la communauté éducative, à améliorer le repérage, à anticiper les risques liés à cette situation d’aidance et à mettre en place des dispositifs de soutien spécifiques.

Pour résumer, nous nous devons de bâtir un cadre pour que ces jeunes aidants aient les mêmes chances que tout autre enfant de grandir en bonne santé, de réussir leur scolarité et de s’épanouir socialement.

Monsieur le président de la République, Madame la ministre des Solidarités et de la Santé, Monsieur le ministre de l’Education nationale, nous comptons sur vous. Vous nous trouverez à vos côtés, à l’Assemblée nationale, au Sénat et sur le terrain, auprès des familles, pour participer à l’élaboration de solutions à destination de tous les proches aidants et pour faciliter leur mise en œuvre. Nous vous demandons d’être aussi à nos côtés pour que ne soient pas laissés sur le bord de la route les plus fragiles d’entre eux, les enfants.